Spiritual Front - Slave

Sur un fond de pop mélancolique, mêlée à des textes noirs et poétiques, Spiritual Front est l'un des leaders du genre qu'on appelle la "Dark-folk", un mélange de Bob Dylan et de mélancolie, avec des textes qui valent le détour:

Je suis l'esclave de celle qui m'a donné un nom et une âme poussiéreuse
Je suis l'esclave de cette monnaie qui me brûle les mains, pour mon profit ou mon ennui
Je suis l'esclave du souffle mortel qui me courbe le dos, et du sperme qui vibre en moi
De la lame qui a coupé le fruit pourri comme de celle qui me transpercera

Je suis l'esclave de la mère de tous ces porcs et du père de mes opressions
De la volonté qui efface mes regrets, de mon enfance et de mes peurs cachées
Je suis l'esclave de la lumière qui donne un visage à mes faiblesses et à mon règne déchû



# Posté le samedi 26 septembre 2009 14:58

Dream Theater - Black Clouds and Silver Linings

Petite chronique du dernier album en date, pas fameux malheureusement.

Piste 1 : « A Nightmare to Remember », titre épique, très bon, mais pas sans quantité de défauts. On dirait presque de l'épique fait pour se gonfler le haricot : malgré une quantité de riffs géniaux, on trouve des homologues inutiles, mortellement clichés et ennuyeux, ainsi qu'un Jordan Rudess (keyboardiste) qui devient de plus en plus gavant. LE meilleur, c'est cette intro géniale, un parfait riff de « Black Satanique 666 » complètement gâché par l'intervention du clavier. S'ensuit un riff heavy, qui semble dire « regardez-nous faire ce que le Metallica des années 80 faisait mille fois mieux que nous ».

Ensuite un intermède musical de 3 pistes inutiles : « A Rite of Passage », titre obligé pour les radios et la promo, avec un riff qui veut qu'on dise qu'il est mythique, malgré qu'il soit mou, et un schéma musical plat, parfait pour la pop, affreux pour un mélomane. Puis « Wither », une ballade de remplissage qui ne sert vraiment à rien, avec un schéma metal classique et fade (inutile de la décrire, vous connaissez tous ce genre de sirop). Cela devient inquiétant. 4ème piste : « The Shattered Fortress », concept inventé par le batteur, Mike Portnoy, qui s'étale sur une chanson de chaque album depuis 2002, et dont les thèmes des albums précédents sont ici mixés en une soupe de riffs tous géniaux, mais qui ne ressemblent à rien empilés les uns sur les autres. Les nouveautés ajoutées sont loin d'être marquantes. Première conclusion, jusqu'ici, à part la première piste, rien de bien intéressant.

« The Best Of Times », moins bonne que la première, remonte toutefois le niveau, même si le début reste un affreux plagiat d' "Always Will Be" d'Hammefall, et de deux trois autres airs d'autres chansons. « The Best of Times », bizarrement, est ce à quoi « Wither » aurait dû ressembler : une ballade sirupeuse, mais avec un bon fond, une construction digne de Dream Theater, et un bon solo. Et enfin « The Count of Tuscany », épique de chez épique : presque 20 minutes, et très progressive, dans de nombreux sens du terme, qui remontent le niveau de quelques échelons, notamment la fin du morceau qui n'arrive pourtant pas à pardonner au reste... Ce qui fait qu'au final, j'ai bien envie de vous dire de n'écouter que le début et la fin : comme dans un livre de gare : le début pour connaître le héros, la fin pour le dénouement, et le reste ce n'est que du remplissage.

Pour conclure, Dream Theater montre qu'il a encore du jus, même si ce savoureux jus sucré se transforme trop souvent hélas en un jus de chaussette cliché, ennuyeux, peu inventif... trois adjectifs qui contre-définissent à mon sens la notion du terme « prog ».

# Posté le samedi 26 septembre 2009 14:45

Anathema - Alternative IV

« Nous ne sommes qu'un moment dans le temps ». Telle est la philosophie du groupe (du moins pour l'époque d' Alternative IV). Anathema livre une fois de plus un chef-d'œuvre monumental. La plupart des groupes présentent des intros entre 30 secondes et 2 minutes, servant à introduire la suivante, souvent plus puissante. Shroud of False a beau durer 1:36, on l'écoute, on la réécoute, encore et encore, tant la profondeur, tant l'âme de cette introduction est bouleversante. S'ensuivent deux titres plus puissants et accrocheurs, où la disto mêlée aux claviers règne en maître. Malgré tout Anathema est un groupe de chansons lentes. Lost Control qui arrive emporte en un air de quatre notes pianotées toutes les joies du monde environnant, et passé ce point, l'écoute devient orgasmique. Le tout est marqué d'une simplicité effarante (le solo à la guitare acoustique par exemple) et pourtant quelle profondeur ! Anathema a beau jouer à un moyenne de quelques vingtaines de notes à la minute, l'effort d'écoute réclamé est le même que pour du Yes ou du Cynic. Sans abuser des effets symphoniques des violons électriques, avec soin, simplicité et subtilité, la chanson meurt enivrante. Et l'histoire ne fait que commencer !

Reconnect est une piste mi-énergique mi lente, passant de riffs puissants à des moments plus calmes et posés. J'aime porter attention à ces notes planantes que l'on retrouve dans beaucoup de chansons du groupe, que Reconnect illustre bien. Inner Silence ensuite, comme une accalmie après la tempête, comme la chute lente d'un flocon de neige sur la tête à l'entrée de l'hiver. Alors on se détend, on ferme les yeux, on prend une longue respiration, et c'est là qu'arrive une seconde dimension dans l'œuvre.

Qui veut illustrer la différence entre le mélancolique et le morbide se doit d'écouter le passage entre Inner Silence et Alternative IV , chanson éponyme de l'album. L'impression de contraste est meurtrière. Comme si après une ballade dans un bois gelé, on se retrouvait soudain à la vue des portes d'Auschwitz. Un jeu de batterie admirable, qui s'étouffe et remonte, des échos, des hurlements sonores, Alternative IV est une abomination paradoxalement géniale. Si bien qu'au premier accord de Regrets , triste certes, le contraste inverse fait pâle figure. En reprenant en image le thème d'Auschwitz, on pourrait l'associer à la chanson de l'homme qui vient d'en être libéré, et qui, ramené dans son pays à la fin de la guerre, médite sur ses souffrances. En effet, même si le premier accord donne l'impression d'un « ouf », d'un doux répit, la dégradation intérieure remonte lentement, et la chanson reprend le dessus sur l'être et nous replonge dans une divagation dépressive. Sept minutes de bonheur intense, une piste aux claviers d'une puissance inégalable, que la guitare n'ose interrompre que par de petits grattements acoustiques, et sur les refrains par une violente distorsion qui résonne après plusieurs écoutes comme un cri, dernier rempart de conscience du héros fictif de l'histoire. « ... mais je n'ai pas encore appris à vivre sans regrets. » Phrase ô combien symbolique, intimement reliée au « Nous sommes juste un moment dans le temps ». Si une larme coule sur votre joue à et instant, soyez certain que c'est normal.

Dans l'enchaînement de « Regrets » survient Feel , plus lente, et ponctuée par un jeu d'organ au son très « John Lord des jours de pluie », une basse floydienne, une dernière avant-garde avant la conclusion : Destiny . Destiny qui, du haut de ses 2 minutes 13, met un terme à l'œuvre d'une façon admirable, une acoustique douce et ponctuée d'échos, une dernière note, les yeux s' ouvrent, l'esprit repend le dessus.

(Cette chronique et bien d'autres sur http://progparadise.com!)

# Posté le vendredi 27 mars 2009 17:50

Kingdom of Loss

Ou comment transformer une vie ...

# Posté le vendredi 02 janvier 2009 17:47

Modifié le vendredi 30 janvier 2009 17:39

Fear of A Blank Planet - Chronique

Fear of A Blank Planet - Chronique
Hormis quelques faiblesses, Porcupine Tree est un groupe à la discographie sans faux pas. Emmené par Steven Wilson, musicien et producteur hors pair (Opeth, Anathema,...), le groupe poursuit dans l'expérimentation du style metal et livre Fear of A Blank Planet, un album une nouvelle fois très réfléchi.

La piste éponyme, qui ouvre l'album, est couverte par un rythme de batterie agressif et des claviers d'accompagnement, le tout créant une ambiance mi LSD planant, mi obscure et déprime. Intéressant de combiner deux idées radicalement opposées, et une fois encore le groupe s'en tire à merveille. S'y ajoutent des textes rapides, accrocheurs et de bons riffs progressifs pour la partie instrumentale, avec comme toujours un son unique. Et si on peut admirer Porcupine Tree pour son côté metal, les ballades acoustiques n'en sont pas plus leurs bêtes noires. « My Ashes » en est une, pleine de douceur. Là encore, on s'étonne de voir comment quatre accords de guitare, deux de pianos (un tout qui s'annonce commercial) et une voix douce forment au final une ballade qui n'a rien de sirupeuse. Malgré tout, le concept, le son, le tout fait très adolescent, et quelque papy fan de Pink Floyd tombant sur des thèmes de drogues, d'addiction aux jeux vidéos et de problèmes familiaux parents enfants, aurait plus intérêt à s'attaquer aux autres albums du groupe (ayant 17 ans je ne m'en plains pas !).

Vient ensuite « Anesthetize », plus progressive, plus mature (notamment pour les paroles, bien plus sociales que sentimentales), le pilier de l'album, que je compte parmi les chansons les plus émotives, les plus provocantes, les plus touchantes du groupe. Le tout est magistral ! Petit bémol pour certains riffs à sonorité metal, un peu trop simples à mon goût (y'a pas que le son qui compte dans la vie, les gars !), mais qu'importe, « Anesthetize » est une perle ! Les claviers donnent un goût de décadence à nos majestueuses cités, les petites notes par-ci par-là sont les humains qui y crèchent, la batterie : la tension citadine, et la partie finale, l'envol loin de toute cette turbulence vers un rêve. Que de frissons ! Difficile, après ça, de ne pas trouver « Sentimental » inférieure. Faisant figure de piste la plus faible, la ballade est néanmoins très jolie, planante, à écouter comme berceuse (dans le bon sens) avec la voix de Steven, décidément né pour chanter ce genre de chansons.

« Way Out Of Here » remonte la pente avec une instrumentale très charmante, malgré quelques passages auxquels j'accroche toujours aussi difficilement. La piste, bien que bonne, n'est malgré tout pas égale au début de l'album. Le refrain est moyen, il faut donc se rabattre sur les paroles, et sur un très beau clip (pourquoi pas ?) que je vous invite à voir, histoire de frissonner un peu plus. Et enfin « Sleep Together », qui suit la même voix que « Way Out Of Here », mais le tout d'une meilleure qualité. Excellente chanson, un riff de basse groovy impressionnant, un instrumentale Toolienne, qui remonte progressivement, le pic, la chute et puis la fin du tout.

Conclusion ? une très belle oeuvre, à la personnalité riche, malgré quelques moments de faiblesses (qu'on oublie bien vite pour tous les autres bons instants de musique) et bien sûr la sublime « Anesthetize », des années-lumières au dessus du reste, qui s'impose comme l'une des chansons majeures du groupe.

(Chronique disponible sur le site ProgParadise)

# Posté le mercredi 24 décembre 2008 08:59